/:93:/ que tombe la neige

La blême lumière se découpe de confettis entre les arbres un peu flou de marcher un peu vite
tournent les étoiles crépusculaires et neige mon désir sur le paysage bleu-vert, mon désir de neige réchauffé par l'hiver

l'appel au secours d'un oiseau égaré entre les branches labyrinthiques qui tapissent le ciel attrape mon regard le temps d'un sursaut de coeur

je m'arrête

la nuit a jeté sa chape métallique sur le monde, un couvercle percé de trous gris qui m'observent froidement

me voilà prisonnière des arbres, de leurs troncs qui se dressent tout autour de moi
la peur a glacé tout désir
je ferme les yeux

un froissement d'aile déchire la noirceur alentour
mes doigts se cognent de froid

l'abîme de silence qui enveloppe mes sens me fait rouvrir les paupières

il neige et la neige n'a pas attendu l'hiver
pour caresser ma peau

je tend la langue un peu engourdie que s'y déposent des flocons
et les larmes roulent en petites billes sur mes joues
car la neige a ce goût que je reconnais entre tous
le goût de la solitude

# Posted on Monday, 28 December 2009 at 10:41 AM

/:92:/ une rencontre merveilleuse

Homme
Tu as regardé la plus triste la plus morne de toutes les fleurs de la terre
Et comme aux autres fleurs tu lui as donné un nom
Tu l'as appelée Pensée.
Pensée
C'était comme on dit bien observé
Bien pensé
Et ces sales fleurs qui ne vivent ni ne se fanent jamais
Tu les as appelées immortelles...
C'était bien fait pour elles...
Mais le lilas tu l'as appelé lilas
Lilas c'était tout à fait ça
Lilas... Lilas...
Aux marguerites tu as donné un nom de femme
Ou bien aux femmes tu as donné un nom de fleur
C'est pareil.
L'essentiel c'était que ce soit joli
Que ça fasse plaisir...
Enfin tu as donné les noms simples à toutes les fleurs simples
Et la plus grande la plus belle
Celle qui pousse toute droite sur le fumier de la misère
Celle qui se dresse à côté des vieux ressorts rouillés
A côté des vieux chiens mouillés
A côte des vieux matelas éventrés
A côté des baraques de planches où vivent les sous-alimentés
Cette fleur tellement vivante
Toute jaune toute brillante
Celle que les savants appellent Hélianthe
Toi tu l'as appelée soleil
...Soleil...
Hélas! hélas! hélas et beaucoup de fois hélas!
Qui regarde le soleil hein?
Qui regarde le soleil?
Personne ne regarde plus le soleil
Les hommes sont devenus ce qu'ils sont devenus
Des hommes intelligents...
Une fleur cancéreuse tubéreuse et méticuleuse à leur boutonnière
Ils se promènent en regardant par terre
Et ils pensent au ciel
Ils pensent... Ils pensent... ils n'arrêtent pas de penser...
Ils ne peuvent plus aimer les véritables fleurs vivantes
Ils aiment les fleurs fanées les fleurs séchées
Les immortelles et les pensées
Et ils marchent dans la boue des souvenirs dans la boue des regrets
Ils se traînent
A grand-peine
Dans les marécages du passé
Et ils traînent... ils traînent leurs chaînes
Et ils traînent les pieds au pas cadencé...
Ils avancent à grand-peine
Enlisés dans leurs champs-élysées
Et ils chantent à tue-tête la chanson mortuaire
Oui ils chantent
A tue-tête
Mais tout ce qui est mort dans leur tête
Pour rien au monde ils ne voudraient l'enlever
Parce que
Dans leur tête
Pousse la fleur sacrée
La sale maigre petite fleur
La fleur malade
La fleur aigre
La fleur toujours fanée
La fleur personnelle...
...La pensée...

Jacques Prévert
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# Posted on Tuesday, 15 December 2009 at 4:57 PM

/:91:/ he says : beauty will save the world. (extrait d'une page de mon "carnet" )

/:91:/ he says : beauty will save the world. (extrait d'une page de mon "carnet" )







tout plutôt que le silence des mots, des sons agités peut être en ballades ou rimés même sil le faut, mais pas l'implacable réalité du rien à pas de loups échappé de sa cage où pourtant je me tue à le tenir. des barreaux de menus projets, de petits rien et tout, couleurs, bruits, amour, ennui, les barreaux ont l'air résistants car faits de matériaux disparates et concrets, puisés en moi, autour de moi. moi contre moi. le moi qui se tait mais ne dort pas, le moi qui clame et déclame et ne dort pas plus. ultime combat dont la fin est sue d'avance. un combat, vraiment ? une mascarade, une esquive, esbroufe, mensongère et splendide. le chant du cygne entamé dans la prime jeunesse de l'oisillon. beau, souffle court et ténu. silence ou pas le chant résonne, muet ou pas. il explose puis se tait, à jamais. il est encore plus âpre et intense, muet.





beauty will save the world
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# Posted on Friday, 20 November 2009 at 2:59 PM

/:90:/ l'eau a coulé sous le pont des arts

Écouter Miossec un vendredi soir, suintant de solitude et de désirs repliés en origami
qui se déploient malgré tout ô folie et hasard entremêlés
tout petit bout de papier froissé

n'être que manques, un gruyère dont on ne compte plus les trous
je fuis d'amour
d'amours honteuses et perfides, indignes d'être jamais professées
à moins que

sur le fil toujours
à la renverse
brisure
vous

perdant toute consistance à soupirer après l'impossible
mais elle pense à moi
crevant de résignation et d'inatteignables mensonges
mais il pense à moi

non point amours mais imprudentes réflexions de soleil sur un pâle lac
lissé de glace et liseré d'or
mais que le temps glisse sur la surface et se fêlent les promesses d'éternité
et sombrent les étincelles de feu qui animaient mes regards

vient donc Temps mettre à mal les passions qui me secouent
que j'affronte le vide de ton regard et supplieront mes os de céder
jamais jamais plus
je ne veux
renier ce qui me fait me lever au matin et sourire aux nuages
que tombe la neige
mon coeur jamais plus ne cessera
de battre chaud et puissant
pour eux

# Posted on Tuesday, 03 November 2009 at 4:33 PM

/:89:/ dernière résurrection, puis le néant de toute production. je ne fais rien alors même que je rage d'écrire. Pour Mi

Ah m'asseoir sur un banc toute la nuit avec toi
et regarder la lune si elle est là
se soûler en rêvant au bon temps r'venu
en te serrant dans mes p'tits bras nus
pis tourner vir'volter en chantant très faux
trébucher et s'marrer comme des idiots
et entendre ta voix qui soupire et murmure
qui sait si bien prévenir les blessures
te raconter un peu l'insouciance d'une petite fille
les princesses et les billes les cordes à sauter
qui nous fouettaient les pieds et nous faisaient tomber
et les espoirs d'enfant

Ah marcher sous pluie toute la nuit avec toi
et admirer les roses si y'en a
se goinfrer de pop corn en te bouffant des yeux
écouter de tes maths un p'tit peu
sauter dans les flaques et avant d's'élancer
enlever nos godasses pour mieux voler
et entendre ta voix déclamant un poème
comme le plus beau des je t'aime
te raconter surtout le vide de ma vie que tu as su combler
l'attention et les mots les caresses les baisers
contre la peur de la fin
de mes espoirs d'enfant

Ah m'asseoir sur un banc toute la nuit avec toi
et regarder le soleil qui s'en va
te parler de c'bon temps mort dont tout l'monde se fout
te faire croire que les méchants c'est nous
et que moi je suis barge et aussi de tes yeux
car ils sont la douceur que je veux
et entendre ta voix illuminée de rires
comme brille un soleil à midi
te raconter enfin qu'il faut aimer la vie
et l'aimer même si le temps est assassin
et emporte avec lui les espoirs des enfants
mais notre amour gagnant


Mistral Gagnant, Renaud
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# Posted on Friday, 02 October 2009 at 4:30 AM